Justand Mots

Ecriture. Arts. Mots. Matière. Épaisseur. Hauteur. Élan. Sens. Saveur. Son. Musique. Rythme. Contraste. Images. Magie. Création. Forme. Echo. Âme.

Articles avec #lieu catégorie

AU DELÀ DU VALLON SOURIRE

Publié le 25 Juillet 2017 par Céline Justand dans Lieu

 

Derrière cette colline chromée,

Est nommé le vallon Sourire,

Épelé par un doux souvenir,

De brute mémoire sous l'épine,

Plus rien ne saigne, mon ami.

 

Dernier pas sur cette fonte colline,

Lieu éloigné proche des liens effilés,

Une vue hypnotisante attire. Sans sourciller.

Passer de l'autre côté du vallon Sourire, 

La lumière dominante en contraste illumine.

 

Devant l'insolent accueil du vallon Sourire,

Rien de mystérieux en soi n'est soupir.

Simple jeu de sons sans ironie, sans style,

Pas assez de prétention, juste un silence 

Clin d'œil proche de l'impertinence.

 

Dépassant le défi par un court d'eau sans fin,

Comme si bonsoir précédait un poli au revoir.

À bien lire, mon ami, il n'y ait de tiroir

Enfermant la vérité absolue à cheval,

Mieux regarder ailleurs, sans point final.

 

Se rejoindre alors, au delà de ces vallées,

Mains serrées, sans attaques tribales, 

Rendez-vous au croisement des paroles ailées.

Code d'accès : sans zèle- conviviales.

Voir nos horizons. Sourire sans amonts.

 

Texte : Céline Justand

Photo : Javier Pedrium

 

 

 

 

 

commentaires

ETAT DES LIEUX

Publié le 11 Mai 2017 par Céline Justand dans Lieu

La table basse, les chaises de la cuisine, un petit meuble de salle de bain. Tout part. Plus de meuble.
Fenêtre grande ouverte, je regarde le camion plein s’en aller, s’en aller, s’en aller. Regard sur le grand platane, la brise traverse les feuilles. Silence. Rafale de vent. Forté, forté, forté. Tout décrocher. Demain matin, concours d’entrée au Conservatoire, première année.
Ré, mi, ré, la, sol. Ré, la, fa, sol, si, ré.
Tic, tac, tic.
L’horloge de la cuisine. Tic, tac, tic. Tempo.
Ne pas oublier. Décrocher. Tempo.
Les pièces vides sont plus grandes, même remplies par les souvenirs de mes douze années en famille. Douze ans depuis deux jours. Grand jour demain. Six années de piano. Poussière et silence à la place du piano enlevé. Traces de roulettes dans le bois du parquet.
Morceau de mélancolie. Tout raisonne. Se concentrer.
Fermer la fenêtre.
La poignée cassée tombe sur le parquet.
Son aigu, sol bémol qui résonne, résonne, résonne. Arpège.
Do, sol, do, ré, mi, fa, sol, sol dièse, la, si, do, si, do, sol, do, ré, mi. Ne pas oublier le forté pour le deuxième mouvement.
Ce lieu m’attache.
Mes souvenirs me font jouer faux dans ma mélodie intérieure. Ma cachette derrière la tapisserie, j’avais oublié. Stop.
Rester concentré, ma mélancolie jouera le morceau demain matin. C’est pas le moment.
C’est le moment, sonnerie de la porte d’entrée.
Un Mi. Un La.
Une autre clé posée. D’autres clés posées encore.
Clé de fa, double croche, et triolet. Accords.
Nous descendons les escaliers. Silence.
Chaque pas. Silence.
Chaque palier. Silence.
Si, sol, do, un pas. Fa, mi, do, ré. Silence.
Accords. Fermeture de la porte.
Pianissimo. Pianissimo. Pianissimo.

Texte : Céline Justand

Photo : Source Pinterest

commentaires

DEGUSTATION EN PERSPECTIVE

Publié le 11 Mai 2017 par Céline Justand dans Lieu

De grandes vitres sales, hautes et grises laissant passer l’étendue de ciel, ce gris propre à Paris, qui fronce les sourcils, accroché au joli pinceau ramolli. Dans son atelier d’artiste tournoie une senteur de terre, de poussière et une féroce odeur de jazz qui glisse sur la jupe de la dame frôlant sa palette personnalisée depuis de longues années. Tonalité gris-bleutée. Goût métal. Pinceaux, pas rangés, dans le pot coloré.
Elle en oublie sa commande et admire le lieu ; les recherches de disharmonies, de contrastes, de matières, les parfums d’acétone, d’acrylique, de plâtre et de fruits dans la corbeille attirent les questions. Elle ne veut pas les réponses. Sous les doigts de l’artiste, les matières mélangent l’étrange. Il travaille cet absolu, cette différence qui gêne, cette recherche de saveurs visuelles et sensuelles fabrique le relief. Son regard d’expert guette la perspective et puise l’inspiration dans l’évidence, comme la dentelle trouve sa place au bord de cette bretelle.
Hauteur immense sous plafond, une place vide saturée de saveur : orange et touche de rose, saumon et mûre amère. Ça ressemble au doux la mûre amère, comme les mains gantées bien au chaud, au milieu d’une basse température couleur lilas foncé .
Un vieux canapé, au confort chiffonné, entouré de trépieds portant les toiles terminées, ébauchées, retouchées, superposées. Des toiles au sol, des toiles adossées au mur qui respirent la technique travaillée avec tact, la pertinence et l’iode du large. Un seul échange visuel donne le goût du voyage.
Un peu plus loin, tout au fond, un coin. Un coin discret. Les outils témoignent de la casse, du creusé, du ponçage, du détail minutieux, de l’élan gracieux dans un volume paresseux. Une commande cachée comme clochée, toutes les saveurs sont préservées. D’un vif mouvement, le tissu est enlevé, l’œuvre est présentée. C’est le buste.
Elle le déguste du bout du cil. Ça sent le jazz encore plus fort. Dégustation haut de gamme.

Texte : Céline Justand

Photo : Source Pinterest

commentaires

MEMOIRE SENSORIELLE

Publié le 10 Mai 2017 par Céline Justand dans Lieu

C’est une lumière de laboratoire, blanche, froide, autoritaire, efficace grâce aux néons, qui s’efforce de bien tout montrer, surtout le vide puis sa puissance. Elle éblouit suffisamment pour qu’il s’habitue au changement d’espace, la vision doit s’adapter à cette grande pièce avec une allée centrale et ces petits box cloisonnés à gauche et à droite. Ses yeux sont dans un inconfort agressif et luttent pour s’adapter à cette saturation de lumière, ce blanc froid qui dégouline sur les murs gris clairs laqués qui, eux-mêmes, se jettent sur le sol gris foncé brillant. Tout se reflète, tout ce froid rigide se répond partout, ce propre repoussant accueille le dégoût, et il faut avancer. Le Monsieur en blouse blanche lui a dit « -3ème box, à droite ! », dans toutes ces couleurs froides qui tirent les pensées vers le pire, au milieu de tous ces box vides, chaque pas tremble comme la corde qui cherche son accord dans l’atmosphère morbide qui joue de l’écho. Ça sent le frigo. Ou mieux encore, l’odeur de la chambre froide d’un boucher dans laquelle des carcasses sont pendues, bien dociles, bien rangées, bien rigides, toutes pleines de bonne chair et de fraîche mort, cet air envahissant de froid désinfecté qui dissimule la pourriture naissante. Son corps tout entier s’est rafraîchi comme solidaire du cadavre de son frère, confortable, lui, dans cette absence de tout qui lui est devenue familière : le box numéro 3 est là. Le corps est installé sur une table en métal, à roulette, recouvert d’un drap blanc assorti à cette lumière qui donne envie de hurler, le visage est tout gris assorti au mur qui donne envie de s’enfuir, alors qu’il s’en approche de plus près, un frisson parcourt son dos puis ses bras, comme une charge électrique qui donne envie de survivre. Dans son corps, à lui, il y a de la réaction, du langage, du mouvement, même si la chaleur descend, il sent une lutte qui lui rappelle sa vibration d’être encore vivant. Ce lieu serait-il plus fort qu’un lien de sang ? Rendrait-il immobiles et découpés tous ceux qui y entrent ? Il circule autour du défunt, de la table, et fixe ce visage qui est celui de la mort brutale ; un œil est presque ouvert alors que l’autre est bien fermé, c’est un visage qui n’avait pas terminé sa phrase. Il lui touche le front, semblable à un glaçon recouvert d’un fin tissus juste humide, fait un effort pour garder les doigts sur cette peau qui n’a plus rien à dire. Une information familière, un repère, un contact à quoi s’accrocher mais plus rien n’existe à cet instant, le « trop tard » est déjà loin. Cette peau n’est plus habitée, et la toucher c’est visiter une maison hantée, immense, dévorante, sombre, et dont on veut s’échapper au plus vite. Il enlève sa main. Il se crispe de froid, déglutir est difficile, comme si cette décomposition était contagieuse, se dispersait dans toute la pièce, à travers le sol, les murs, la lumière, la température, le silence, l’air, pour entrer à l’intérieur du visiteur de la morgue, pour que plus jamais aucunes sensations ne dépassent celle-ci, pour que la mort soit enregistrée comme familière, pour toujours, dans tous les sens, et que le chagrin ne soit rien à côté de la trace que laissera cette lumière saturée qui continue à éblouir de force même une fois sortie.

Texte : Céline Justand

Photo : Grafik
 

commentaires