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DE FACE

Publié le 10 Mai 2017 par Céline Justand dans Performance

DE FACE

…tu crois que tu me fais peur mais tu me fais pas peur t’es qu’un déchet mafieux j’ai pas peur et je te les prends des mains les assiettes tu vois tu pourrais même faire deux mètres que ce serait pareil que je me la ferme quoi mais c'est moi qui vais te découper en morceaux si mais si je vais parler encore plus fort encore encore plus fort pour que tout le marché sache que tu es un mafieux qui cherche qui rode qui renifle qui prépare le terrain qui vient à six heures du matin quand on installe tout des mois depuis des mois tu veux nous voler nos vies tu crois qu'on te voit pas là mais tu voleras rien sur ce marché minable que tu es avec ton costume de mafieux ton faciès de chasseur dominant trente-cinq ans que je fais les marchés et c’est à moi que tu viens voler la vie c'est à moi tu vas t'en rappeler toute ta vie tu viens me chercher à moi à moi à moi tu crois que je vais te laisser m'écraser moi alors écoute bien petit c'est moi qui vais te découper en morceaux un par un les morceaux tu vas les voir se décrocher tu crois que je vais te laisser ma marchandise mon travail ma vie mon emplacement ma famille quoi tu veux que je la ferme que je la ferme ta loi du silence pas ici quoi tu vas pas t’en tirer comme ça non non non tu restes là devant moi restes là je te dis tu vas m’écouter tu me la paies ma colère la rage que tu me donnes de bon matin tu joues le caïd avec moi avec ton costume bon marché tes grands airs de gangster encore saoul regardes moi quand je te parle oui c’est une femme qui te parle comme ça c'est ça et tu vas m’écouter tu crois que tu me fais peur ou pitié mais pitié de quoi je sais ce que c’est la faim le froid la galère pas de travail je sais tout ça et la misère et les gens qui te regardent de travers et le crédit municipal pour acheter à manger et payer l’électricité je sais tout ça et tu ne me fais pas peur à moi avec tes faux airs de gangster qui rackette la misère pas à moi on peut être misérable et digne il y a plein de gens comme toi qui souffrent comme ça je sais ce que c’est ils sont pas pouilleux comme ça on se lave toi tu es un minable t'as pas choisi le bon camps tu préfères ceux qui se croient tout permis voler la vie dans quelques mois tu me menaceras tu viendras faire soulager tes chiens sur mon paillasson cracher sur ma voiture tu prépareras tes coups de vice et pourquoi pas tirer deux balles dans le dos de mon voisin solitaire pas souriant il a sûrement pas de famille bon débarras comme ça c'est toi le boss tout le monde le saura le message passe facile avec la mafia tu voles des vies facilement comme ça voler une femme jouer la force avec moi à six heures du matin mentir en plus tu es tombé sur un morceau toute ta vie tu vas les entendre dans ta tête mes paroles toute ta vie alors viens pas m’expliquer ta vie je m’en fous de ta vie j’ai pas de pitié pour ta saleté de mafia sois digne de ne plus être dans ta misère tu la mérites si tu voles une femme tu la mérites non non non je te laisserai pas parler je veux rien entendre tu te tais tu m’écoutes tu te tais tu es venu la chercher ta claque tu vas les entendre toute ta vie dans ta tête mes paroles je veux que tu reçoives la honte c’est à cause de gens comme toi que les courageux galèrent autant qu’on ne croit pas en eux qu’ils ont honte tu les salis c’est toi la honte mais moi tu me salis pas nous ici tu nous salis pas il y a des gens qui viennent à six heures du matin pour savoir s’ils peuvent travailler avec nous s’ils peuvent nous aider pour quelques billets savoir s’ils pourront prendre les restes à la fin du marché et ceux-là on les respecte on les aide on les soutiens on est là mais toi personne ne voudra t’aider et c’est tant mieux tu voles tu forces tu violentes tu menaces et une femme en plus tu recherches le faible le fragile l’épuisé pour lui prendre ce qu’il n’a déjà plus et tu me prends pour qui je suis en colère et tout le marché le sait tout le quartier le sait trente-cinq ans que je fais les marchés personne ne m’a fait ça ne m'a traité comme ça et en plus tu viens me dire que tu les volais pas que tu regardais que j’ai pas bien compris tu t’en vas avec mes assiettes tu provoques tu as les codes des mafieux et c’est moi qui ai pas bien compris tu voles tu me voles toi un minable en costume de poubelle et c’est moi qui n’ai pas bien compris tu te crois où ici tu crois que le marché va te croire tu crois qu’à six heures du matin j’ai que ça à faire que hurler sur un minable comme toi j’ai cinquante-cinq ans tu as même pas trente ans tu fais un mètre quatre-vingt mais tu ferais deux mètres que ce serait pareil je te hurlerais dessus pareil tu me fais pas peur tu fais peur à personne ici et tu vas rester avec ça toute ta vie toute ta vie tu vas entendre ma voix te hurler dessus plus jamais tu menaceras sur un marché plus jamais tu voleras une femme plus jamais tu toucheras à plus faible tu feras croire à personne qu’il a mal vu ou mal compris ici à personne tu m’entends je t’ai bien vu mes collègues sont tous là et tout le marché et tout le quartier tu n’es pas un misérable toi tu profites de la faille de la crevasse mais il y a pas de faible ici le faible c’est toi le voleur c’est toi le minable c’est toi celui qui voudrait humilier une femme c’est toi dans la vie on vole pas on ment pas on écrase pas on violente pas on respecte toi tu respectes pas tu n’es pas un homme tu es minable tu n’es pas respecté et c’est tant mieux je vais pas avoir peur ou pitié à moi à moi tu veux faire croire que tu veux pas de ta misère à moi je vais pas avoir pitié à quatre heures du matin je me lève tous les jours depuis trente -cinq ans pour travailler dans le froid la neige la pluie on installe nos stands et si ça dure le mauvais temps on repli tout et on rentre mais on est là dehors tous les jours et on travaille et j’ai pas de tickets repas pas de weekends pas de saisons si je travaille pas y’a pas d’argent c’est ça la vie pour nous les galères je connais pourtant j’ai jamais volé personne j’ai jamais vendu mon cul à personne j’ai jamais tué personne j’ai eu froid j’ai eu faim j’ai jamais volé personne je suis allée demander à la banque alimentaire j’ai pas eu honte j’y suis allée moi et je savais que ce serait pas pour toujours j’ai travaillé dur j’ai gagné mon argent proprement j’ai pas honte moi dans le froid et sous la pluie et en poussant les rats affamés parfois et je la mérite ma vie je le mérite mon respect je les ai porté les sacs de linge à la laverie pour être propre ceux que tu rapportes lourds de linge encore mouillé pour économiser le séchage à la machine et le linge propre qui sèche à la maison de partout je sais tout ça je sais ce que c’est que rester digne le matin devant les autres de rester la tête haute de rester propre et même si ça fatigue plus que de rester sale je suis une femme de cinquante-cinq ans et je peux dormir tranquille je n’ai pas honte j’ai le corps usé mais je suis digne je le mérite mon respect alors toi tu fais quoi tu veux me faire croire quoi tu veux quoi tu veux sortir de la misère toi avec les codes de la mafia avec la bassesse humaine la plus pourrie toi tu veux me faire croire ça à moi mais non pas à moi tu ne me feras pas croire ça c’est ta copine la misère t’es contente d’avoir ça tu lui tiens compagnie elle t’enfonce comme ça tu peux puer tu peux voler une femme tu as ta copine la misère tu peux vomir partout te saouler baiser avec violence avec ta main sur sa bouche et la tenant pour pas qu'elle bouge en disant que c’est pas du viol toi t’es tout ça et t’es avec ta copine la misère qui te donne toutes les excuses qui force le silence à tout le monde parce que personne ne parle parce que vous êtes pas des balances parce qu'on dira pas aux mafieux que ce sont des raclures que leur système insulte l'humanité faut se taire sous peine de poursuites de lynchage de torture de mort alors silence mais pas à moi pas à moi je m’en fous du silence tu te l'emplâtres ton silence pas de silence avec moi je suis pas de votre clan toutes ces mafias toutes vous aurez jamais mon silence jamais les mafias de la rue celle des bureaux chics celle des syndicats celle des actionnaires celle des sexopathes et toutes les autres je serai jamais une protectrice de cette crasse de mafia qui bouffe de partout je donne pas mon silence à la crevure alors pas de silence avec moi je dis tout je dis tout et très fort tout et à tout le monde et de ta misère tu vas faire croire ça à ceux qui auront peur mais pas moi moi tu ne me fais pas peur tu la veux ta misère bien à côté de toi elle te tient compagnie et tu t’accroches à elle tu la veux tu l’as et c’est bien fait pour toi mais tu vas pas la trimballer sur le marché tu vas pas trimballer ça dans mon coin moi j’en veux pas et personne ici n’en veut de ta misère tous les gens ici sont solidaires et on connaît la misère qui rassemble pour nous pousser à en sortir surtout celle qui nous dit de la laisser crever bien loin de nous tous cette misère- là elle nous dit de la faire crever et de la faire disparaître pas la tienne de misère toi tu es son pote à ta misère tu la remercies tu lui donnes à bouffer tu lui tiens la porte et elle te tend les faibles que tu massacres facilement nous on lui dit d’aller se faire foutre mais pas en silence non non bien dans sa gueule on est plus fort qu’elle et elle la ramène pas avec nous elle a rien à prendre ici tous les jours il y a des gens qui ont faim et qui viennent qui sont discrets qui sont là qui demandent les restes d’un regard et on leur donne de la force pour continuer à vivre nous on est là on est là pour qu’ils lui mettent un coup de pied au cul à la misère et pas pour être sa pote et ils y arrivent et on y arrive et on la fait crever elle crève elle crève elle crève alors crève toi et ta mafia reviens là reviens là et écoutes moi il est passé où le caïd avec son regard mauvais sa tête de bandit ses hautes règles de voyoucratie son calibre en forme de bite en plastique il est où reviens j’ai pas fini même au bout du marché je sais que tu m’entends et tu vas m’entendre hurler dans ta tête toute ta vie oui il va m’entendre toute sa vie dans sa tête toute sa vie même au bout du marché il m’entend encore il est parti je sais mais il m'entend encore que je te raconte attend je m'assois quoi comment tout ça a commencé mais attends attends c'est ce type ce qui se passe je vais te dire ce matin j’installe je déballe ma vaisselle en plus j’étais en retard à cause de la voiture mon fils me l’avait déplacée jusqu’à Gambetta alors voilà de bon matin va chercher la voiture va mettre la voiture en plein milieu de la rue charge la voiture j’ai perdu vingt minutes déjà ça commençait mal j’arrive j’avais pas le temps je déballe j’installe et ce baltringue là ce grand type qui regarde mes assiettes je l'avais déjà vu je connais bien sa tête je lui parle il me répond pas déjà je les avais à l’envers je continue à déballer je le regarde du coin de l’œil je lui demande s’il cherche quelque chose pas de réponse je le sentais pas j'ai reconnu la manière je continue à déballer j’installe tout mon matos je le vois une assiette et deux et d'autres puis les plus chères à la main il s’écarte au bout du stand il s’éloigne il s’éloigne je le chope avant qu’il parte il me prend pour une bille me dit qu’il allait me payer il me prend pour une bille il le prend de haut me regarde mauvais me dit de la fermer...

Texte : Céline Justand

Photo ; Sylvia Nohz

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